Gustave et ses poules #04 : les triplés.

Cela faisait plusieurs mois déjà que Nicole boitait. Elle allait de-ci, de-là, claudiquant à la recherche de quelques restes de nourriture. Gustave lui laissait presque toujours des croûtes de pain ou une assiette de légumes. Bien sûr, il présentait son geste comme une démarche altruiste, mais cela ne dupait personne. Aussi lorsqu’un repas de Gustave parvenait jusqu’à elle, c’était le plus souvent parce que ce dernier nous avait tenu tête trois jours d’affilée et que le repas était devenu immangeable. Oh! Pas dans son entièreté bien sûr. Nous savions bien qu’elle saurait faire le tri entre ce qui était pourri – qu’elle laissait volontiers aux lombrics du coin – et ce qui était encore commestible. Et puis, cela ne nous empêchait pas de lui donner par ailleurs un bon mélange de graines. Mais tout de même, on se demandait bien ce qu’elle avait à la patte. Elle fut même emmenée chez le vétérinaire. Celui-ci lui injecta je-ne-sais quel cocktail d’antidouleurs, en prétendant que son état devrait s’améliorer dans les jours qui viendraient. Hélas, les jours passaient, et la noireaude continuait de sautiller sur sa patte valide. Il arriva même un moment où elle sembla déterminée à rester dans son nid. J’essayai tout d’abord de l’apâter avec des graines. Cela sembla fonctionner quelques temps, mais sitôt qu’elle avait finit de picorer, elle s’en retournait bouder dans son coin. Je n’avais même pas même le temps de récupérer ses œufs, qu’elle couvait désormais sans relâche. Je commençais à craindre une sorte de dépression. Avais-je négligé cette pauvre bête en ne retournant pas chez le vétérinaire ? Pierre-Yves me soutenait que « c’est con, une poule, et en vrai, on s’en fout un peu qu’elle boîte ». Je gardais en moi un sentiment mitigé.

J’ai beau savoir que mon mari est le genre d’homme auquel on peut faire confiance, je ne pus m’empêcher, comme à mon habitude, de recueillir d’autres opinions. Mon beau-père qui avait eu des poules dans le temps, me conseilla de lui donner des œufs fécondés à couver. « Dès qu’ils auront éclos, tes poules vont s’en occuper et tu pourras denouveau prendre leurs œufs. » Il m’offrit donc des œufs, fraîchement pondus par une poule inconnue, laquelle venait d’être assaillie par un coq tout aussi anonyme.

« Il suffit que tu les marques pour les reconnaître, et tu attends une vingtaine de jours ». Les autres œufs, si tu ne sais pas les prendre, il vaudra mieux ne pas les consommer, ils risquent d’être trop vieux. Sinon, tu peux aussi bien tous les manger à ce stade, c’est pas grave ». Cette dernière suggestion, bien que pragmatique, me fit tout de même un petit pincement au cœur. Aussi, pris-je la peine de dessiner un poussin sur chacun des œufs qu’il venait de m’offrir. De retour à la maison, je m’approchai doucement de Nicole pour ne pas l’effrayer et, farfouillant le nid sous son corps chaud , j’échangeai prudemment les œufs vierges contre les éventuels poussins en devenir. Je n’avais plus qu’à attendre.

Au départ, Lucette continuait de vivre sa vie comme si de rien n’était. Mais au bout de quelques temps, elle se mit elle aussi à couver du matin au soir. Cette fois-ci, ce comportement m’apparut comme une bonne nouvelle. Il y avait bien de la vie dans ces œufs et nous allions peut-être voire éclore des poussins. J’espérais que Gustave et moi pourrions assister en direct à l’éclosion. Mais je ne savais pas très bien si c’était une bonne idée. Nos poules ne risquaient-elles pas de devenir agressives pour protéger leurs petits? Gustave avait enfin compris que les poules ne fonçaient pas sur lui mais sur le seau de graines qu’il portait. Il avait enfin cessé d’avoir la pétoche ! Je n’avais pas tellement envie qu’il se fasse agresser par une poule alors qu’il serait venu s’émerveiller de la venue au monde d’un poussin.

Il était déjà dans son lit, prétendant depuis plusieurs minutes qu’il avait « fini dodo » ou « besoin de faire caca » ou « veut pas dormir » lorsque je rentrai de l’Académie. Lassée de l’entendre crier, je décidai de lui fausser compagnie au profit de Lucette et Nicole. En arrivant au poulailler, je crus d’abord être témoin d’une scène macabre. En contrebas du nid, j’aperçus des débris de coquilles, et dans le nid, des œufs clairs, laissés à l’abandon. Aucun d’entre eux ne portait l’un de mes dessins. C’est alors qu’un petit « tchip » aigu attira mon attention un peu plus à gauche. Nicole et Lucette se tenaient là, bras dessus, bras dessous quand une petite tache blanche apparu dans le plumage de Nicole. Puis une autre, au niveau du croupion de Lucette. Je vis alors un œil, un bec, des petites pattes. Pierre-Yves qui était sorti arroser les plantes pris en photo l’un de ces charmants petits êtres et le nomma « Charlie » car il semblait jouer à cache-cache. Un troisième pointa alors le bout de son bec et se dégagea de l’étreinte de ses mères adoptives pour venir se pavaner devant moi. Il avait une petite tache noire sur le sommet de la tête, et une autre sur le dos. Son plumage étant encore très clair, cette combinaison me fit un peu penser au pelage d’un dalmatien. Je cherche encore un nom à leur donner.

Comme à ce stade, on ignore encore s’il s’agit de mâles ou de femelles, j’ai envie de leur donner à chacun un prénom non genré, du genre Axel, Daniel, Dominique,… (Il y a quelques mois, j’avais suggéré à un membre du groupe Facebook « Poules : Entraide, Idées, Conseils, histoires et anecdotes » de baptiser « Pascal·e » un poussin né le weekend de Pâques) Mais c’est peut-être aussi simple d’attendre un peu pour voir ce qu’il en est après tout.

J’ai toujours ressenti pour les poules de Gustave un sentiment proche d’un amour maternel. N’ayant eu que des garçons, c’est près d’elles que je me réfugie lorsque je ressens le besoin d’une présence féminine à mes côtés (même si bon, on est bien d’accord, ça vaut ce que ça vaut…) Toujours est-il que me voici donc – à peu près – grand-mère adoptive de trois charmants poussins.

J’ai hâte de les présenter à Gustave.

Vers une société 2.0. Oui, mais … laquelle?

La fracture numérique est au cœur de l’actualité, mais de quoi s’agit-il au juste? Qui est concerné par ce phénomène et comment peut-on lutter contre cette nouvelle forme de précarité ?

À toute chose, malheur est bon. En l’occurrence, la pandémie de COVID 19 à eu un effet « coup de pied au cul » pour les entreprises et surtout les administrations qui rechignaient encore à franchir le pas du digital.
On peut s’en réjouir, car cette digitalisation s’accompagne souvent d’un traitement plus rapide de nos dossiers. De nombreuses démarches peuvent être effectuées automatiquement dès lors qu’on prend la peine de compléter un formulaire en ligne.
Et pourtant, au même moment, des voix s’élèvent contre cette société 2.0.
Un nouveau concept voit alors le jour : celui de « fracture numérique ».

La fracture numérique, de quoi s’agit-il ?
Voyons d’abord le premier élément de ce concept : la fracture. En médecine, une fracture désigne un os brisé. Or un os, c’est normalement une partie du corps plutôt solide, servant de base au maintien du corps. Pour qu’un os se brise, il faut déjà le soumettre à une fameuse pression. Le terme de « fracture » implique donc qu’un élément-clé d’une structure s’est brisé. On est très loin du bobo que l’on soigne à l’aide d’un bisou magique où d’un sparadrap coloré. Passons au second élément à présent, l’aspect « numérique ». À l’origine, le terme « numérique » renvoie au concept de « numéro ». Avec l’arrivée des ordinateurs, (lesquels traitent justement des données « numériques »), le numérique peut aujourd’hui désigner tout ce qui est relatif aux ordinateurs, à l’informatique, au digital. Dès lors, la « fracture numérique » désigne la rupture importante qu’une personne peut ressentir vis-à-vis d’une société digitalisée.

Qui est concerné ?
Lorsqu’on travaille comme employé ou cadre, on peut avoir bien du mal à imaginer que certaines personnes, aujourd’hui, n’aient pas accès à un ordinateur, une imprimante, un scanner. Ou même simplement à une tablette ou un smartphone. Comment imaginer alors que certains de nos concitoyens ne savent même pas comment allumer un pc, utiliser une souris, ouvrir un logiciel de traitement de texte pour y encoder un CV, naviguer sur un site web pour y retrouver le bon formulaire à compléter pour introduire une demande de remboursement ?
N’en déplaise à la génération « papier-crayon », savoir se servir d’un ordinateur est aujourd’hui devenu une compétence aussi importante et indispensable que de savoir lire, écrire et calculer. Songez à tous les domaines de la vie dans lesquels vous passez désormais naturellement par des outils informatiques : compléter un formulaire de préinscription à des cours de sport ; se faire livrer un colis à domicile ; compléter sa déclaration d’impôts ; trouver les coordonnées de n’importe quelle entreprise ; renouveller son abonnement de bus ; acheter un ticket de train ; ouvrir et gérer un compte bancaire ; payer par carte ; postuler pour un job,… cette liste non exhaustive met en lumière à quel point ne pas savoir « surfer » sur le net est aussi angoissant et handicapant que de se retrouver face à un tsunami alors qu’on ne sait pas nager. 

Tous égaux devant la loi?
Chaque citoyen a des droits. Mais lorsqu’il s’agit, pour les faire valoir, de compléter des formulaires en ligne, la question de l’éthique doit venir sur la table. Peut-on exiger de nos concitoyens qu’ils disposent d’un ordinateur et sachent s’en servir, de la même manière qu’autrefois, on leur demandait de répondre par écrit, en investissant dans du papier, un bic, une enveloppe et un timbre ? Peut-être, à condition toutefois de leur en donner les moyens.

Pour ne pas laisser sur la touche nos concitoyens les plus précaires, il est urgent d’investir dans l’éducation permanente. Notre gouvernement nous a montré qu’il était capable d’investir dans une vaccination de masse, ainsi que dans la distribution de masques buccaux. Il intervient déjà auprès des entreprises pour les aider à financer les formations de leurs employés. Le Forem et Actiris aussi offrent des formations… à qui sait où les retrouver ! ( Spoiler alert : sur leur site internet !!! [ Rire jaune… Celui d’un emoji?])

En tant que citoyen, vous avez le devoir d’interpeller vos représentants politiques. La radio, la télévision, la voie postale, les événements, les asbl, les écoles et centres de formation,… sont autant d’acteurs qui ont leur rôle à jouer pour veiller à une plus grande inclusion. Vous aussi en tant qu’employé, cadre ou indépendant, pouvez veiller à ce que vos clients recevoient un service de qualité, en vous rendant plus accessibles, et au besoin plus disponible pour ces personnes.

Alors, les oubliés du numérique, « Delete », « Escape » ou « Enter »? Reprenez le Ctrl!

😉

Catherine Petit.