Comme un oiseau dans un bocal

Lorsque Birdo rencontre Raya, il y a tout de suite une sorte d’alchimie qui se produit. Rapidement, ils se surprennent à discuter de sujets pourtant intimes. Lou Lubie nous place en spectateur de leurs réflexions : L’intelligence n’est pas un don qu’on possède ou non. On est tous plus ou moins intelligents. Mais lorsque on se situe aux extrêmes, on se retrouve forcément en marge de la société, et l’on peut ressentir ce décalage par rapport au reste du monde comme un handicap. Pas facile de trouver les bons mots pour en parler sans blesser l’orgueil de monsieur-madame tout-le-monde.

Si parler de précocité peut avoir du sens s’agissant d’un enfant, il n’en a plus du tout au sein d’une population adulte.

Le terme de surdouance laisse à penser que tous les autres sont « moins doués », ça sonne vite arrogant, ou prétentieux. (Alors qu’entre les 2% de surdoués et les 2% de sous-doués, il reste 96% de personnes plus ou moins intelligentes)

L’idée de Haut Potentiel Intellectuel donne au principal intéressé le sentiment d’avoir le devoir faire quelque chose de ce don. (Bonjour la pression!)

Quant aux métaphores animales (zèbre, poulpe, poisson…) elles ont surtout le mérite de permettre aux principaux intéressés de se reconnaître entre eux. Il s’agit plus d’un code, que d’une analogie basée sur les capacités de l’animal en question.

Enfin, une nouvelle étiquette tente de définir au mieux cette population particulière. Il s’agit de « philo-cognitif » (qui aime penser)

Brido et Raya abordent aussi la question des « comorbidités » des neurodivergents (hypersensibilité, TSA, TDA, Troubles Dys etc), la validité et la signification des différents tests (notamment l’effet Barnum), les biais d’observation des psychiatres, et les stéréotypes en tout genre autour de ce fonctionnement particulier. Bref, à travers cette charmante bande dessinée, c’est un bel état des lieux sur le HQI que nous offre Lou Lubie.

« Atypiquement nôtre »

En sortant du cabinet du psy, la maman de Pablo a du mal à comprendre : comment se fait-il que son fils, qui vient d’être découvert HPI n’aie pas eu de meilleurs résultats scolaires ? Comment, elle, sa mère a-t-elle pu passer à côté de quelque chose d’aussi important ? Que dire au reste de la famille?

Rapidement, la famille toute entière se questionne sur ce mode de fonctionnement particulier et bientôt tout le monde se découvre neuro-divergent, chacun avec ses spécificités : hypersensibilité, TSA etc.

Pablo de son côté ose un peu plus afficher ses centres d’intérêts auprès de ses potes… Ça passe ou ça casse, dans tous les cas, ce sera pour un mieux. Sa maman aussi est confrontée aux clichés quand elle en discute avec ses copines. Mais malgré les taquineries de leur entourage, les membres de la famille toute entière se comprennent mieux, et tous se sentent mieux dans leurs baskets.

une BD pour découvrir le haut potentiel intellectuel et les questions que cela suscite, signée Élodie Crépel et Cévany.

Tu manques de filtres

Ce filtre entre tes idées, et la manière dont tu les formules. Tu sais, ce truc qu’on appelle « diplomatie », ou « tact ». Tu es parfois trop franche, non seulement dans ce que tu dis, mais aussi dans ton attitude, ton comportement. Souvent, tu sembles arrogante. On dirait parfois que tu manques d’empathie, que tu ne parviens pas à te mettre à la place de l’autre, de comment il va se sentir en recevant ton message. On te trouve parfois bizarre. Tu questionnes souvent tes ainés, ta hiérarchie. Quelle prétention ! Ils savent ce qu’ils font tout de même ; ils ont une expérience que tu n’as pas ! …

Tu manques de filtres. Ces filtres vis-à-vis du monde que tu perçois. Tu percevras avec la même intensité la température de la pièce et la luminosité ambiante ; les bruits de la circulation et le chant des oiseaux ; les odeurs qui flottent dans l’air ; le goût, les couleurs et la texture de ton repas ; tes besoins physiologiques. On dirait que tu ne sais pas faire abstraction de tout ça pour te concentrer sur la tâche, toute simple qu’on vient de te confier. Tu as souvent du mal à voir les évidences, tu te compliques la vie avec des détails dont tout le monde se fout. Tout le monde a compris ce qui était attendu sauf toi. Tout le monde comprend ce qu’il faut comprendre sauf toi. Tu bloques sur une phrase, un mot, un montant, qui manque un peu de précision. Tu traques sans arrêt la petite bête, tout ce qui pourrait prêter à confusion y passe. Et ça ne loupe pas, tu as beau savoir comment ça devrait être interprété, tu persistes dans la direction demandée stricto sensu plutôt que dans celle attendue implicitement et logiquement, compte tenu du contexte.

Le plus étrange, c’est que tu sais qu’il te manque des filtres, tu sais même lesquels seraient nécessaires, mais on dirait qu’ils sont en rupture de stock. Que tu n’en trouves pas au format adapté. Tu essayes, tu bricoles vaille que vaille un filtre de fortune. Personne autour de toi ne semble réaliser quelle énergie ça te demande. Parfois, tes journées, tes semaines, tes mois, tes années sont plus chargées que d’ordinaire. Alors tu craques. Ton filtre de fortune n’a pas tenu le coup. Tu assistes, impuissante, à l’ouverture de tes propres écluses. Tu t’en veux de n’avoir pas su construire un filtre plus solide. Depuis le temps que tu en fabriques, tu devrais pourtant savoir comment t’y prendre. Mais pour cette fois, tu le sais, c’est trop tard. Ton ouvrage n’a pas tenu, il va falloir tout reconstruire. Encore une fois.