Vous avez dit « inclusi•f•ve »?

L’écriture inclusive n’a pas fini de faire couler de l’encre. ✒️

🤩 Personnellement, mon côté féministe a d’abord été séduit par l’idée d’un système d’écriture qui donnerait une place à tout le monde.

😳 Mais j’ai aussi conscience du challenge que cela représente autant à la lecture qu’à l’écriture. D’abord pour le quidam ordinaire, qui n’y est pas encore habitué, mais ensuite et peut-être surtout, pour toutes les personnes qui ne maîtrisent déjà pas le français classique. Je pense aux personnes d’origine étrangère, mais aussi aux personnes dyslexiques, ou simplement à toutes les personnes ayant grandi dans un milieu peu éduqué, et dont les propos sont déjà trop souvent invalidés et déconsidérés en raison d’une orthographe, d’une syntaxe, d’une grammaire ou simplement d’un style « bancal » aux yeux d’une certaine élite auto-proclammée.

🥸 Car l’orthographe française, telle qu’elle fût imaginée par l’Académie Française à l’époque de sa création est une orthographe délibérément compliquée, dans le but de distinguer l’élite du peuple. Pour maîtriser cette écriture, il est nécessaire d’y consacrer du temps. Or, ceux qui ont le temps, qui n’ont « que ça à foutre », ce sont bien entendu les gens qui n’ont pas besoin de travailler pour survivre, soit les gens riches.

😎 De la même manière, l’écriture dite inclusive trouvera d’abord des adeptes auprès des bourgeois bohèmes, en particulier les bobo féministes.

💬 Or, la fonction première du langage, c’est bien de pouvoir communiquer des idées. Cela nécessite un code commun. Dès lors, la communication sera facilitée par l’adoption d’un code accessible à tous.

✂️ On peut bien sûr critiquer la langue française du point de vue de son inclusivité vis à vis de tous les genres. Mais la complexifier avec un système d’écriture parallèle n’a rien d’inclusif. Au contraire cela exclut de la conversation toustes celleux qui ne maîtrisent pas ce code.

🐦‍⬛La seule façon d’être réellement inclusif, c’est de ne pas faire de distinction entre les différents genres, à l’écrit, comme à l’oral. Et devinez quoi? ça existe déjà. Cela s’appelle le masculin grammatical. Le genre grammatical d’un nom n’est pas toujours lié au genre réel. Ainsi quand je parle d’une girafe ou d’un chacal, la girafe peut être un mâle ou une femelle, et le chacal peut être un mâle ou une femelle.

De plus, si aujourd’hui les grammairiens reconnaissent deux genres grammaticaux en français (le masculin et le féminin) il y a bien également la présence d’un genre neutre. Des pronoms comme « je », « tu », « on », « nous », « vous » ne sont ni féminins, ni masculins, ils peuvent désigner l’un, l’autre, ou les deux à la fois.
Il semblerait même qu’il ait existé un genre neutre attesté en français, mais dont la forme aurait été si proche du masculin, qu’ils auraient fini par se confondre.

Assez paradoxalement, féminiser ou neutraliser les mots, cela revient à distinguer les genres et donc à souligner une différence là où le masculin grammatical en fait fi.

Aussi, plutôt que de soutenir l’écriture dite « inclusive », je préfère largement simplifier la langue française, et aborder la grammaire à travers un prisme plus inclusif. Où il ne serait plus question de genre grammatical « masculin », « féminin » et « neutre ». Mais de genre A et de genre B. De genre principal et de genre secondaire. De genre par défaut et de genre distinct.

Comme un oiseau dans un bocal

Lorsque Birdo rencontre Raya, il y a tout de suite une sorte d’alchimie qui se produit. Rapidement, ils se surprennent à discuter de sujets pourtant intimes. Lou Lubie nous place en spectateur de leurs réflexions : L’intelligence n’est pas un don qu’on possède ou non. On est tous plus ou moins intelligents. Mais lorsque on se situe aux extrêmes, on se retrouve forcément en marge de la société, et l’on peut ressentir ce décalage par rapport au reste du monde comme un handicap. Pas facile de trouver les bons mots pour en parler sans blesser l’orgueil de monsieur-madame tout-le-monde.

Si parler de précocité peut avoir du sens s’agissant d’un enfant, il n’en a plus du tout au sein d’une population adulte.

Le terme de surdouance laisse à penser que tous les autres sont « moins doués », ça sonne vite arrogant, ou prétentieux. (Alors qu’entre les 2% de surdoués et les 2% de sous-doués, il reste 96% de personnes plus ou moins intelligentes)

L’idée de Haut Potentiel Intellectuel donne au principal intéressé le sentiment d’avoir le devoir faire quelque chose de ce don. (Bonjour la pression!)

Quant aux métaphores animales (zèbre, poulpe, poisson…) elles ont surtout le mérite de permettre aux principaux intéressés de se reconnaître entre eux. Il s’agit plus d’un code, que d’une analogie basée sur les capacités de l’animal en question.

Enfin, une nouvelle étiquette tente de définir au mieux cette population particulière. Il s’agit de « philo-cognitif » (qui aime penser)

Brido et Raya abordent aussi la question des « comorbidités » des neurodivergents (hypersensibilité, TSA, TDA, Troubles Dys etc), la validité et la signification des différents tests (notamment l’effet Barnum), les biais d’observation des psychiatres, et les stéréotypes en tout genre autour de ce fonctionnement particulier. Bref, à travers cette charmante bande dessinée, c’est un bel état des lieux sur le HQI que nous offre Lou Lubie.

La différence invisible

Dans cette BD de Julie Dachez (scénario) et Mademoiselle Caroline (dessin), on suit la vie quotidienne de Marguerite, une jeune femme qui vit comme tout le monde, quoi qu’un peu à part. Entre son petit ami qui ne comprend pas pourquoi elle ne s’amuse pas dans les soirées et elle qui ne comprend pas que son « sympathique » voisin est en fait occupé à la draguer avec son baratin ; entre ses collègues qui ne comprennent pas le manque de tact de Marguerite et celle-ci qui dit sans détour ce qu’elle pense, réalisant souvent trop tard que sa réaction était inappropriée. Marguerite découvre un jour que l’autisme la concerne peut-être bien. Elle se reconnaît dans les témoignages et se renseigne. Comme beaucoup de personnes autistes elle est d’abord confrontée à un psy mal renseigné sur le trouble, mais elle tient bon, et pousse d’autres portes. Une fois son diagnostic posé, elle se sent d’abord soulagée, elle déculpabilise d’être « différente ». Elle rencontre de nouvelles personnes auprès desquelles elle ne doit plus en permanence faire des efforts d’adaptation. C’est reposant. Engaillardie par une nouvelle energie, elle entreprend de demander des aménagements sur son lieu de travail. L’entreprise a beau se dire ouverte à la différence, les aménagements demandés (bureau privé par exemple pour éviter le brouhaha de l’Open space) sont tous refusés au prétexte qu’on ne peut pas faire de favoritisme, que ce serait injuste vis-à-vis des autres collègues. En d’autres termes, elle se retrouve discriminée au nom de la non-discrimination. Comme beaucoup de personnes autistes, Marguerite se résignera à changer de taf.

« Atypiquement nôtre »

En sortant du cabinet du psy, la maman de Pablo a du mal à comprendre : comment se fait-il que son fils, qui vient d’être découvert HPI n’aie pas eu de meilleurs résultats scolaires ? Comment, elle, sa mère a-t-elle pu passer à côté de quelque chose d’aussi important ? Que dire au reste de la famille?

Rapidement, la famille toute entière se questionne sur ce mode de fonctionnement particulier et bientôt tout le monde se découvre neuro-divergent, chacun avec ses spécificités : hypersensibilité, TSA etc.

Pablo de son côté ose un peu plus afficher ses centres d’intérêts auprès de ses potes… Ça passe ou ça casse, dans tous les cas, ce sera pour un mieux. Sa maman aussi est confrontée aux clichés quand elle en discute avec ses copines. Mais malgré les taquineries de leur entourage, les membres de la famille toute entière se comprennent mieux, et tous se sentent mieux dans leurs baskets.

une BD pour découvrir le haut potentiel intellectuel et les questions que cela suscite, signée Élodie Crépel et Cévany.

Tu manques de filtres

Ce filtre entre tes idées, et la manière dont tu les formules. Tu sais, ce truc qu’on appelle « diplomatie », ou « tact ». Tu es parfois trop franche, non seulement dans ce que tu dis, mais aussi dans ton attitude, ton comportement. Souvent, tu sembles arrogante. On dirait parfois que tu manques d’empathie, que tu ne parviens pas à te mettre à la place de l’autre, de comment il va se sentir en recevant ton message. On te trouve parfois bizarre. Tu questionnes souvent tes ainés, ta hiérarchie. Quelle prétention ! Ils savent ce qu’ils font tout de même ; ils ont une expérience que tu n’as pas ! …

Tu manques de filtres. Ces filtres vis-à-vis du monde que tu perçois. Tu percevras avec la même intensité la température de la pièce et la luminosité ambiante ; les bruits de la circulation et le chant des oiseaux ; les odeurs qui flottent dans l’air ; le goût, les couleurs et la texture de ton repas ; tes besoins physiologiques. On dirait que tu ne sais pas faire abstraction de tout ça pour te concentrer sur la tâche, toute simple qu’on vient de te confier. Tu as souvent du mal à voir les évidences, tu te compliques la vie avec des détails dont tout le monde se fout. Tout le monde a compris ce qui était attendu sauf toi. Tout le monde comprend ce qu’il faut comprendre sauf toi. Tu bloques sur une phrase, un mot, un montant, qui manque un peu de précision. Tu traques sans arrêt la petite bête, tout ce qui pourrait prêter à confusion y passe. Et ça ne loupe pas, tu as beau savoir comment ça devrait être interprété, tu persistes dans la direction demandée stricto sensu plutôt que dans celle attendue implicitement et logiquement, compte tenu du contexte.

Le plus étrange, c’est que tu sais qu’il te manque des filtres, tu sais même lesquels seraient nécessaires, mais on dirait qu’ils sont en rupture de stock. Que tu n’en trouves pas au format adapté. Tu essayes, tu bricoles vaille que vaille un filtre de fortune. Personne autour de toi ne semble réaliser quelle énergie ça te demande. Parfois, tes journées, tes semaines, tes mois, tes années sont plus chargées que d’ordinaire. Alors tu craques. Ton filtre de fortune n’a pas tenu le coup. Tu assistes, impuissante, à l’ouverture de tes propres écluses. Tu t’en veux de n’avoir pas su construire un filtre plus solide. Depuis le temps que tu en fabriques, tu devrais pourtant savoir comment t’y prendre. Mais pour cette fois, tu le sais, c’est trop tard. Ton ouvrage n’a pas tenu, il va falloir tout reconstruire. Encore une fois.